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Gears of War est sans conteste l’un des jeux phares de la Xbox 360, palliant avec un certain brio à l’absence de Halo 3 au lancement de la machine. Un jeu porte-étendard démontrant autant les capacités techniques de la petite dernière de Microsoft que les ressources de l’Unreal Engine 3. Bien que sorti depuis quelques mois maintenant, j’avais simplement fait quelques parties très courtes, mais je ne l’avais pas creusé suffisamment pour voir ce qu’il a dans le ventre. L’acquisition du pack Xbox360 + Gears of War m’a permis de réparer cette erreur.

Force à de constater que malgré ses quelques mois d’ancienneté (le jeu est sorti en novembre 2006 et vient d’être adapté pour le PC, un an après), la qualité graphique n’a pas à rougir des sorties récentes ni des jeux tournant sur PlayStation 3. A ce niveau, ce n’est pas tant que les capacités techniques des machines qui ressortent que la qualité du travail effectués par les armées de graphistes et le temps passé sur chaque texture. Le premier impact du jeu est très convaincant, la modélisation des personnages et des environnements est superbe et les textures utilisant les Normal Map sont d’une beauté et d’une précision renversante. Au niveau technique, c'est de la très grande classe avec éclairages dynamiques, Depth of Field pour flouter les éléments éloignés du champ de vision, HDR et surtout une utilisation intensive des shaders. L’ambiance se base sur une esthétique plutôt crade et en ruine, avec des jeux de lumières très impressionnants. La qualité technique autant que la direction artistique sont superbes, mélangeant bâtiments gothiques et personnages aux équipements futuristes. Aucun problème de ce côté Gears of War en met plein la vue et ce sentiment de réalisation de grand luxe se retrouvera tout au long de l’aventure, dans des décors renouvelés (usine, grottes, ville futuriste...).

Le jeu en lui-même n’est pas en reste, même s’il est tout de même nettement moins marquant que la réalisation graphique et technique. Gears of War est un pur jeu d’action où l’on avance en équipe en taillant des shorts aux ennemis dans de superbes couloirs, en profitant des éléments du décor pour se mettre à couvert. Voilà en gros le pitch ludique de Gears of War.

D’emblée, le contrôle ne semble pas évident. Il n’est pas toujours évident de cibler avec précision à la manette, un défaut de bon nombre de jeux d’actions. Pour palier à cela, on peut tranquillement se planquer pour recharger ou simplement ajuster son tir. Une certaine parenté avec Golden Eye 007 de la Nintendo 64 se fait sentir, dans le sens où se sont des jeux qui laissent le temps de cibler en offrant la possibilité de se cacher, contrairement à la majorité des jeux de tirs bourrins qui exigent une souris pour être domptés. Cela compense le contrôle moins précis que la souris. A noter également, la restriction sur la limitation de l’équipement porté permet de pas s’emmêler les pinceaux en devant choisir trop d’armes différentes en pleine action. On fait son choix au moment où l’on trouve les armes, pas en plein combat. Un petit détail que beaucoup de développeurs de jeux d’action feraient bien de ne pas sous-estimer : je me souviens que jongler avec les armes et pouvoirs psy de BioShock (dont certains se combinaient fort bien), n’était pas une partie de plaisir dans le feu de l'action.

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Après quelques minutes de jeu, on commence à mieux s’en sortir, à viser rapidement, à jouer de manière fluide avec les cachettes. Gears of War n’est pas trop exigeant à ce niveau, du moins dans le premier mode de difficulté. La marge de progression est tout à fait correcte, avec la découverte de quelques subtilités, comme la possibilité de recharger son arme pendant une roulade. Comme dans de nombreux jeux récents, il suffit de recommencer la dernière scène lorsqu’on meurt.

Les situations de gameplay s’enchaînent et ne se répètent que rarement. On doit avancer de front, puis contourner des mitrailleuses lourdes, puis on est acculés par les ennemis, puis il faut fuir un mega monstre pour le shooter avec un rayon spécial, le répertoire de situations est suffisamment fourni pour ne pas lasser le joueur. Les game / level designers ont très bien fait leurs boulots à ce niveau.

Chaque chapitre apporte son lot de situations et certaines tentent vraiment de renouveler le gameplay avec plus ou moins de brio. Le fait de pouvoir se cacher crée constamment une ligne de front, ce qui change des gameplay traditionnel des FPS et autres jeux d’action. Ici, on se cache, on tue des ennemis, on gagne du terrain et on arrive à la zone suivante. Il y a tout de même quelques ratés comme le passage en voiture assez peu intéressant, ou certaines phases comme celle avec les chauve-souris (quand on se rend compte qu’on n’est pas dans la lumière, on est déjà mort) ou la fuite du Berserker qui se soldent souvent par un Die & Retry on ne peut plus expéditif, et donc frustrant. A noter que la vie est géré de manière assez particulière. La vie remonte lorsqu’on est à couvert et il n’y a pas de jauge, seule un indicateur rouge montre le danger. Sitôt affiché, il faut se ruer dans un coin et récupérer. Cela facilite grandement les choses, du coup la vie n’est pas trop pénalisante. Il faut faire gaffe, mais pas trop, pas la peine de rationner le point de vie. Cette orientation se retrouve également au niveau des munitions.

Dans l’ensemble, le gamplay tient tout de même la route, l’aspect équipe est particulièrement sympathique, on peut aider ses alliés, attendre qu’ils nous couvrent et les utiliser pour percer les défenses. Mine de rien, cela apporte de nouvelles perspectives à des situations souvent déjà-vu. D’ailleurs, la variété des situations n’atteint toujours pas la densité d’un Resident Evil 4, ni l’armement d’ailleurs. Comme je l’ai dis plus haut, l’action se déroule essentiellement dans de petits couloirs mais qu’importe, ces couloirs sont beaux et proposent tout de même des situations variées et intéressantes.

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Les armes sont classiques mais efficaces, mitrailleuses, fusil à pompe, flingue de base. Elles ne sont pas forcément novatrices mais elles fonctionnent bien. La présence d’une arme spéciale, le Rayon de l’Aube, un tir à concentrer qui envoi un rayon venu d’un satellite renouvelle un peu la donne mais il est utilisable uniquement dans très peu de cas. La petite déception est que le gameplay basé sur la cachette à tendance à renforcer les armes de longue portée, ainsi, les mitrailleuses se revèlent pratiques en toutes situations alors que le fusil à pompe, qui est une arme plus efficace au contact, ne sert pas suffisamment (quelques intérieurs sans cachettes, des monstres se déplaçant rapidement vers vous…). Il n’est pas forcément utile de changer d’armes selon les situations, et c’est un peu dommage, surtout pour les amateurs d’action au contact qui se sentiront un peu lésé par l’orientation du gameplay. Fort heureusement, la gestion des munitions est bien large comme il faut, on a toujours de quoi faire face à l’action et il suffit de prêter une attention lointaine à ses ressources pour s’en sortir. Tant mieux, on peut se concentrer sur l’action sans risquer d’être pénalisé trop souvent par le manque de précision.

Les efforts sur Gears of War sont visibles à chaque instant. La mise en scène du jeu est particulièrement travaillée. Le travail sur la caméra est excellent, le choix de placer la caméra au-dessus de l’épaule et légèrement décalé pour pouvoir viser est décisif pour l’immersion. On se trouve dans une situation de tension permanente, grâce à l’excellente ambiance sonore qui met tout le temps la pression ou d'autres petits jeux de mise en scène comme les tremblements de caméra fréquents. On est constamment sur le qui-vive, ce qui est excellent pour ce type de jeu.

Globalement, Gears of War cumule de nombreuses qualités et peu de réels défauts. On peut lui reprocher de proposer, sous un habillage exceptionnel, un jeu d’action finalement classique, mais l’ensemble est tout de même solide et toujours très travaillé. L’aventure est relativement courte mais ce n’est pas si mal, elle est bien remplie, sans trop de longueurs inutiles. Il suffit de recommencer les scènes quelques fois lorsqu’on est bloqué, comme je l’ai dit plus haut, Gears of War est peu exigeant. Les situations sont recyclés juste comme il faut et la variété des ennemis est convenable, surtout comparer à un BioShock clairement faiblard à ce niveau (il est toujours de bon ton d’avoir des ennemis rapides, qui attaquent au contact et qui explosent quelques instants après leur mort).

La prouesse technique est la qualité principale de Gears of War, tout comme l’ambiance et l’esthétique sont les principales forces de BioShock. Mais le gameplay est assez solide pour passer de très bons moments d’action devant sa console. Par contre, les amateurs d’action aux deux extrêmes : pure et dure ou plus subtile risquent d’être un poil deçu, car Gears of War n’atteint tout de même pas l’excellence dans la variété d’un Resident Evil 4 ou les interactions avec l’environnement BioShock. On peut regretter également la platitude du scénario, d'une banalité affligeante, uniquement sauvé par la qualité graphique des cut-scenes en temps réel. Mais qu’importe, le contrat est rempli et Gears of War est un très bon jeu d’action, qui se permet, sans atteindre l'excellence, de commettre un minimum d'erreurs pour un maximum d'efficacité.