Après le cycle des princes d’Ambre, je me suis attaqué à un autre gros morceau de la fantasy, plus récent de celui-là, avec la saga « A la croisée des Mondes » (His Dark Material en anglais) de Philip Pullman. Je voulais lire les bouquins avant de voir les adaptations cinématographiques, dont le premier film sort en décembre en France d'ailleurs. A la croisée des Mondes se décompose en trois livres : Les Royaumes du Nord (1991), La Tour des Anges (1997) et Le Miroir d’Ambre (2000).

Cette trilogie narre les aventures de la petite Lyra Belacqua, une jeune fille au tempérament plutôt sulfureux et espiègle dans un univers un peu particulier, où tous les êtres humains sont affublés de Daemons (prononcez démons), des créatures qui sont leurs intimement liés et qui peuvent changer d’apparence à volonté, du moins avant le passage à l’âge adulte. Dans ce monde, à la fois proche du notre et différent, comme s’il s’était développé différemment, les recherches expérimentales parlent de la Poussière, sorte de particules d’une nature inconnue et met en scène de nombreux peuples dont les destins finiront par se lier, autour de la petite Lyra.

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Le premier tome, Les Royaumes du Nord, permet de faire la connaissance de Lyra et de sa vie au collège d’Oxford, qui sera bouleversée le jour où elle assistera par « accident » à une réunion privée. Dès lors, sa vie s’en trouvera bousculée et son destin, hors du commun, finira par l’amener à la rencontre de toutes sortes de personnages : des gitans naviguant sur les canaux, des sorcières et même la tribu des Panserbjørnes, des ours polaires géants, redoutables et fiers guerriers à la puissance dévastatrice, capables d’anéantir des dizaines d’hommes sans aucune difficulté. Ce premier volume raconte en bonne partie les aventures de Lyra au collège et permet de découvrir et de s’attacher à cette petite fille particulièrement rusée qui possède un énorme pouvoir, celui de pouvoir mentir comme elle respire. Si j’en parle de cette manière, c’est parce que la capacité de Lyra à mentir lui permettra souvent d’obtenir ce qu’elle veut, de se sortir de situations périlleuses et même de renverser carrément des royaumes. Lyra est une véritable petite peste à laquelle on s’attache incroyablement vite.

Evidemment, ce n'est pas la seule particularité de Lyra, puisqu'elle est capable de déchiffrer instinctivement une machine à symbole particulièrement complexe qui lui dictera souvent la marche à suivre (et qui constitue la trouvaille narrative la plus intéressante de la série, tant ce petit instrument permettra de guider les personnages et d'apprendre des renseignements essentiels).

La suite du bouquin l’amènera à effectuer un voyage pour le moins extraordinaire, à la poursuite de ses amis enlevés par un étrange groupe, qui permettra de découvrir de nouveaux personnages et de nouveaux concepts. Qui est l’énigmatique Lord Asriel, quel est son plan si monumental ? Qu’est réellement la Poussière ? Existe-il différents mondes reliés entre eux ? De nombreuses questions qui resteront en suspens à la fin de ce bouquin, pour mieux se dévoiler progressivement dans les autres livres. Un peu long tout de même, ce premier tome est surtout une grosse mise en place où le moindre élément aura un rôle à jouer par la suite.

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Le second livre, La tour des anges, poursuit naturellement l’aventure de Lyra qui se trouve plongée dans un monde très différent de celui qu’elle connaît, appelé Cittàgazze. Elle y fait la connaissance de Will, un jeune garçon à problèmes et ils essayeront ensemble de se sortir ces situations un peu désespérées. Au fil des pages, Will deviendra le complice inséparable de Lyra et ils vivront ensemble l’essentiel de leurs aventures, toujours aussi extraordinaires. De nouvelles rencontres, de nouveaux concepts, dont notamment un couteau particulièrement puissant, le Poignard Subtil, fabriqué à la Tour des Anges, l'édifice principal de Cittàgazze. Les personnages sont approfondis et l'on découvre de nouvelles révélations concernant les parents de Lyra et ceux de Will. Les questions essentielles trouveront quelques réponses, mais de nombreux mystères restent encore à éclaircir. Des objectifs sont atteints, et immédiatement, d’autres se profilent à un horizon particulièrement agité. Lyra et Will ignore encore tout de leur rôle dans le terrible conflit à venir.

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La troisième livre, Le Miroir d'Ambre (non, rien à voir avec l'Ambre de Zelazny) vient clore magistralement la trilogie. D’un volume conséquent (plus gros que les deux premiers livres), ce volume permet de découvrir de nouvelles facettes des personnages et de les mener vers leur ultime chemin, qui changera à jamais la face du monde. Les forces en jeu et les événements sont pour le moins apocalyptique et le sort du monde repose parfois sur les épaules de personnages que l’on n’attendait pas. A chaque moment du récit, tout peut basculer d’un camp ou de l’autre et les épreuves qu’auront à endurer Lyra et Will seront les plus difficiles. La tension est à son comble dans ce volume et c'est avec un grand plaisir que la résolution finale prend son temps, contrairement aux Seigneurs des Anneaux dont le conflit s'achève de manière un peu brutale. Ici, c'est avec plaisir que l'on avance dans les cent dernières pages, qui expliquent les événements sans jamais brusquer et expédier les résolutions. A chaque nouveau chapitre, il y a de nouveaux rebondissements finaux, si bien que la fin est un plaisir à lire, même s'il est plutôt triste. J'insiste vraiment sur la fin car elle est particulièrement bien racontée et à chaque fois que l'on pense que les protagonistes sont sauvés, ils sont rattrapés par certaines réalités qu'ils avaient sous-estimées.

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A la croisée des mondes est une fantastique aventure, à mi-chemin entre la littérature pour enfant et la Fantasy. A l’instar d’Harry Potter, l’aventure de Lyra commence plutôt gaiement pour devenir de plus en plus sombre, avec en toile de fond une lutte sans merci contre la religion chrétienne, qui en prendra pour son grade plus d’une fois. Les moments de surprises s’enchaînent à des moments de tristesses, avec des séparations, des morts tragiques et une marche inéluctable vers le destin pour ces deux enfants, qui ignorent tout de ce que l’on attend d’eux, et qui vont jouer un rôle capitale dans la grande entreprise de Lord Asriel et dans l’Histoire de l’humanité. A la Croisée des mondes est une grande réussite en terme d’univers et d’aventure qui se montre parfois cruel, tant les aventures que vivent ses deux principaux protagonistes sont déchirantes. Heureusement, ils seront souvent aidés par de fidèles alliés sur lesquelles ils peuvent compter, malheureusement, l’ampleur de leur adversaire à de quoi refroidir bien des ardeurs.

L'univers cohérent et fascinant, tout en explorant de nombreux thèmes bien plus adultes que ce que les premières aventures de Lyra pouvaient laisser entrevoir. Les personnages ont tous des caractères bien affirmés, tel que le très charismatique Lord Asriel, la cruelle Ms. Coulter ou le terrible Iorek Byrnison. Il est même étonnant de voir à quel point certains personnages ont pu évoluer et changer entre le début du récit et son terme. A la croisée des mondes est donc une bonne lecture, inventive, subversive et remarquablement bien raconté, avec toujours un état d’esprit fantastique.

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Il ne reste plus qu’à aller voir le film, qui dispose d’un casting de luxe (Daniel Craig en Lord Asriel, Nicole Kidman en Miss Coutler, Eva Green en Serafina Pekala), en espérant qu’il soit fidèle au livre et respecte son attitude critique envers la religion. En tout cas, le casting est juste excellent, c'est incroyable comme les acteurs sont proches des images que l'on peut se faire dans le bouquin, ce qui est déjà un bon début.

PS : L'univers développé par Philip Pullman est vraiment fascinant et il m'est arrivé de retrouver des similitudes en terme d'idées avec d'autres oeuvres que j'ai pu parcourir. La plus frappante, et pourtant très improbable, concerne le couteau de Will, une arme dont il est dit qu'elle pourrait détruire n'importe quoi, Dieu y compris. Dans le jeu Planescape : Torment, où l'on incarne un personnage immortel, l'un des moyens de terminer le jeu en se tuant pouvait être accomplis grâce à un couteau, dont le pouvoir pouvait détruire n'importe quoi, même un immortel. Je ne pense pas qu'il y ait eu inspiration d'un côté ou de l'autre, mais il est toujours amusant de constater des idées similaires dans des oeuvres pourtant très différentes.