Illumina

Analyses de jeux vidéo, avis, commentaires et plus si affinité.

16 novembre 2007

A la croisée des mondes de Philip Pullman (1991-2000)

Après le cycle des princes d’Ambre, je me suis attaqué à un autre gros morceau de la fantasy, plus récent de celui-là, avec la saga « A la croisée des Mondes » (His Dark Material en anglais) de Philip Pullman. Je voulais lire les bouquins avant de voir les adaptations cinématographiques, dont le premier film sort en décembre en France d'ailleurs. A la croisée des Mondes se décompose en trois livres : Les Royaumes du Nord (1991), La Tour des Anges (1997) et Le Miroir d’Ambre (2000).

Cette trilogie narre les aventures de la petite Lyra Belacqua, une jeune fille au tempérament plutôt sulfureux et espiègle dans un univers un peu particulier, où tous les êtres humains sont affublés de Daemons (prononcez démons), des créatures qui sont leurs intimement liés et qui peuvent changer d’apparence à volonté, du moins avant le passage à l’âge adulte. Dans ce monde, à la fois proche du notre et différent, comme s’il s’était développé différemment, les recherches expérimentales parlent de la Poussière, sorte de particules d’une nature inconnue et met en scène de nombreux peuples dont les destins finiront par se lier, autour de la petite Lyra.

Les_Royaumes_du_Nord

Le premier tome, Les Royaumes du Nord, permet de faire la connaissance de Lyra et de sa vie au collège d’Oxford, qui sera bouleversée le jour où elle assistera par « accident » à une réunion privée. Dès lors, sa vie s’en trouvera bousculée et son destin, hors du commun, finira par l’amener à la rencontre de toutes sortes de personnages : des gitans naviguant sur les canaux, des sorcières et même la tribu des Panserbjørnes, des ours polaires géants, redoutables et fiers guerriers à la puissance dévastatrice, capables d’anéantir des dizaines d’hommes sans aucune difficulté. Ce premier volume raconte en bonne partie les aventures de Lyra au collège et permet de découvrir et de s’attacher à cette petite fille particulièrement rusée qui possède un énorme pouvoir, celui de pouvoir mentir comme elle respire. Si j’en parle de cette manière, c’est parce que la capacité de Lyra à mentir lui permettra souvent d’obtenir ce qu’elle veut, de se sortir de situations périlleuses et même de renverser carrément des royaumes. Lyra est une véritable petite peste à laquelle on s’attache incroyablement vite.

Evidemment, ce n'est pas la seule particularité de Lyra, puisqu'elle est capable de déchiffrer instinctivement une machine à symbole particulièrement complexe qui lui dictera souvent la marche à suivre (et qui constitue la trouvaille narrative la plus intéressante de la série, tant ce petit instrument permettra de guider les personnages et d'apprendre des renseignements essentiels).

La suite du bouquin l’amènera à effectuer un voyage pour le moins extraordinaire, à la poursuite de ses amis enlevés par un étrange groupe, qui permettra de découvrir de nouveaux personnages et de nouveaux concepts. Qui est l’énigmatique Lord Asriel, quel est son plan si monumental ? Qu’est réellement la Poussière ? Existe-il différents mondes reliés entre eux ? De nombreuses questions qui resteront en suspens à la fin de ce bouquin, pour mieux se dévoiler progressivement dans les autres livres. Un peu long tout de même, ce premier tome est surtout une grosse mise en place où le moindre élément aura un rôle à jouer par la suite.

La_tour_des_anges

Le second livre, La tour des anges, poursuit naturellement l’aventure de Lyra qui se trouve plongée dans un monde très différent de celui qu’elle connaît, appelé Cittàgazze. Elle y fait la connaissance de Will, un jeune garçon à problèmes et ils essayeront ensemble de se sortir ces situations un peu désespérées. Au fil des pages, Will deviendra le complice inséparable de Lyra et ils vivront ensemble l’essentiel de leurs aventures, toujours aussi extraordinaires. De nouvelles rencontres, de nouveaux concepts, dont notamment un couteau particulièrement puissant, le Poignard Subtil, fabriqué à la Tour des Anges, l'édifice principal de Cittàgazze. Les personnages sont approfondis et l'on découvre de nouvelles révélations concernant les parents de Lyra et ceux de Will. Les questions essentielles trouveront quelques réponses, mais de nombreux mystères restent encore à éclaircir. Des objectifs sont atteints, et immédiatement, d’autres se profilent à un horizon particulièrement agité. Lyra et Will ignore encore tout de leur rôle dans le terrible conflit à venir.

Le_miroir_d_Ambre

La troisième livre, Le Miroir d'Ambre (non, rien à voir avec l'Ambre de Zelazny) vient clore magistralement la trilogie. D’un volume conséquent (plus gros que les deux premiers livres), ce volume permet de découvrir de nouvelles facettes des personnages et de les mener vers leur ultime chemin, qui changera à jamais la face du monde. Les forces en jeu et les événements sont pour le moins apocalyptique et le sort du monde repose parfois sur les épaules de personnages que l’on n’attendait pas. A chaque moment du récit, tout peut basculer d’un camp ou de l’autre et les épreuves qu’auront à endurer Lyra et Will seront les plus difficiles. La tension est à son comble dans ce volume et c'est avec un grand plaisir que la résolution finale prend son temps, contrairement aux Seigneurs des Anneaux dont le conflit s'achève de manière un peu brutale. Ici, c'est avec plaisir que l'on avance dans les cent dernières pages, qui expliquent les événements sans jamais brusquer et expédier les résolutions. A chaque nouveau chapitre, il y a de nouveaux rebondissements finaux, si bien que la fin est un plaisir à lire, même s'il est plutôt triste. J'insiste vraiment sur la fin car elle est particulièrement bien racontée et à chaque fois que l'on pense que les protagonistes sont sauvés, ils sont rattrapés par certaines réalités qu'ils avaient sous-estimées.

PosterTheGoldenCompass2

A la croisée des mondes est une fantastique aventure, à mi-chemin entre la littérature pour enfant et la Fantasy. A l’instar d’Harry Potter, l’aventure de Lyra commence plutôt gaiement pour devenir de plus en plus sombre, avec en toile de fond une lutte sans merci contre la religion chrétienne, qui en prendra pour son grade plus d’une fois. Les moments de surprises s’enchaînent à des moments de tristesses, avec des séparations, des morts tragiques et une marche inéluctable vers le destin pour ces deux enfants, qui ignorent tout de ce que l’on attend d’eux, et qui vont jouer un rôle capitale dans la grande entreprise de Lord Asriel et dans l’Histoire de l’humanité. A la Croisée des mondes est une grande réussite en terme d’univers et d’aventure qui se montre parfois cruel, tant les aventures que vivent ses deux principaux protagonistes sont déchirantes. Heureusement, ils seront souvent aidés par de fidèles alliés sur lesquelles ils peuvent compter, malheureusement, l’ampleur de leur adversaire à de quoi refroidir bien des ardeurs.

L'univers cohérent et fascinant, tout en explorant de nombreux thèmes bien plus adultes que ce que les premières aventures de Lyra pouvaient laisser entrevoir. Les personnages ont tous des caractères bien affirmés, tel que le très charismatique Lord Asriel, la cruelle Ms. Coulter ou le terrible Iorek Byrnison. Il est même étonnant de voir à quel point certains personnages ont pu évoluer et changer entre le début du récit et son terme. A la croisée des mondes est donc une bonne lecture, inventive, subversive et remarquablement bien raconté, avec toujours un état d’esprit fantastique.

The_Golden_Compass

Il ne reste plus qu’à aller voir le film, qui dispose d’un casting de luxe (Daniel Craig en Lord Asriel, Nicole Kidman en Miss Coutler, Eva Green en Serafina Pekala), en espérant qu’il soit fidèle au livre et respecte son attitude critique envers la religion. En tout cas, le casting est juste excellent, c'est incroyable comme les acteurs sont proches des images que l'on peut se faire dans le bouquin, ce qui est déjà un bon début.

PS : L'univers développé par Philip Pullman est vraiment fascinant et il m'est arrivé de retrouver des similitudes en terme d'idées avec d'autres oeuvres que j'ai pu parcourir. La plus frappante, et pourtant très improbable, concerne le couteau de Will, une arme dont il est dit qu'elle pourrait détruire n'importe quoi, Dieu y compris. Dans le jeu Planescape : Torment, où l'on incarne un personnage immortel, l'un des moyens de terminer le jeu en se tuant pouvait être accomplis grâce à un couteau, dont le pouvoir pouvait détruire n'importe quoi, même un immortel. Je ne pense pas qu'il y ait eu inspiration d'un côté ou de l'autre, mais il est toujours amusant de constater des idées similaires dans des oeuvres pourtant très différentes.

Posté par Yan Fanel à 17:50 - Littérature - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le cycle des princes d'Ambre de Roger Zelazny (1970-1991)

J’ai découvert il y a quelque temps le cycle des Princes d’Ambre, bien connu des amateurs de fantasy / SF. Il s’agit de l’œuvre principale de Roger Zelazny, qui se compose de neuf tomes déclinés en deux cycles qui se suivent chronologiquement : le cycle de Corwin (dont la parution s'est étalée de 1970 à 1978) et le cycle de Merlin (de 1985 à 1991).

Le premier cycle narre les aventures de Corwin, l’un des neufs princes d’Ambre, une légendaire cité dont les autres univers ne sont que reflets appelés Ombres, dirigée par la famille royale aux facultés qui dépassent en tout point les caractéristiques traditionnelles des êtres humains. Le problème est que ces pouvoirs génèrent des ambitions sans limites et que les luttes de pouvoir, complots et luttes fratricides sont monnaie courante en Ambre et que la ruse et la traitrise font partis des traits familiaux.

Les_neufs_princes_d_Ambre

Au début de cette grande épopée, dans le premier tome, Les Neufs Princes d'Ambre, Corwin se retrouve coincé dans une ombre, qui correspond à notre monde et qu'il apprécie particulièrement. Il se trouve dans un asile psychiatrique, et amnésique par-dessus le marché, ignorant son nom, sa lignée et bien entendu les causes de son internat. Il va progressivement retrouver ses esprits et se sortir de situations désespérées et surtout étranges, les lois régissant le monde d’Ambre n’étaient pas forcément communes. En témoignent les rencontres avec ses frères et soeurs qui donnent souvent lieu à des situations pour le moins extraordinaires, comme un fameux voyage en voiture en compagnie de Random, l'un des frères de Corwin.

Pour évoquer la situation politique générale, le roi Obéron, seigneur d’Ambre, est disparu depuis plusieurs années et il a laissé neuf successeurs potentiels dont les questions de légitimité pourraient faire l’objet de querelles juridiques infinis, étant donné qu’ils sont les fruits de nombreuses unions dans différents mondes où le temps ne s’écoule pas toujours à la même vitesse. Autant dire, que c’est le merdier le plus complet.

Au fil des pages et des volumes, on rencontre de nombreux personnages, on découvre le monde d’Ambre et ses implications, et surtout, on découvre les nombreuses facettes de Corwin, qui fait parti de la trempe des grands anti-héros, comme Elric de Melniboné de Michael Moorcock. Pire que ça, Corwin est cynique, parfois antipathique mais c’est aventure un immense plaisir que l’on poursuit ses pérégrinations, car le personnage est particulièrement attachant. Il faut dire qu’en étant dans sa tête lors de la plupart des évènements, ses réflexions et états d’âmes cyniques ne manquent pas de faire sourire.

La trame se tisse plutôt lentement, la première partie du premier tome est absolument excellente : on se retrouve dans la tête de Corwin qui use de toutes les subtilités possibles pour en apprendre plus sur sa situation et ses relations avec les autres, post-amnésie. Le tout est d’une rare subtilité et le terme de guerre psychologique n’est pas vain quand il s’agit des relations entre les princes et princesses d’Ambre. La seconde partie est complètement apocalyptique, sitôt remis sur pied, Corwin retrouve ses ambitions et il entraîne ses alliés comme ses ennemis dans ce qui pouvait constituer un climax, si ce n’était pas juste le début de la saga ! On découvre ainsi plusieurs princes et princesses d’Ambre, un vaste panel de personnalités toujours travaillées, mais possédant tous une certaine obsession du pouvoir et un goût fort prononcé pour les querelles et les assassinats familiaux.

Les_fusils_d_Avalon

Le deuxième tome, Les Fusils d'Avalon est plus calme, place Corwin dans une situation particulièrement catastrophique, résultant de ses ambitions démesurées. A ce moment, la tension se relâche quelque peu mais bientôt, de nouveaux personnages vont apparaître, comme le tant redouté Benedict, l’un des princes et le maître d’arme d’Ambre, considéré comme le plus grand guerrier qui soit. Il faut dire qu’il y a eu des siècles pour analyser les plus grandes guerres de l’histoire, les rejouer en faisant subtilement variés les paramètres et mettre au point les plus grandes stratégies militaires. Benedict est un personnage que j’apprécie particulièrement, il parle peu mais quand il agit, il est entouré d’une aura de charisme qui fait franchement peur. Ce second tome apporter de nouveaux éléments, permet de développer les pouvoirs de la famille royale d'Ambre, notamment leur étonnante capacité à voyager à travers les ombres et leur parenté avec la Marelle, une puissante entité qui semble régir leurs pouvoirs.

Le_signe_de_la_licorne

Mais l’apothéose de la saga parvient durant le troisième tome, Le Signe de Licorne, où toutes les trames sous-jacentes finissent par se joindre dans un gigantesque complot. La vérité éclate au grand jour et les implications en sont tellement nombreuses qu’elles mettront deux tomes à se résoudre, avec des retournements de situations assez fréquents qui donnent un rythme agréable à l'histoire. Le monde d'Ambre est tellement complexe que l'on sent le besoin de l'auteur de distiller les informations très progressivement.

La_main_d_Ob_ronLes_Cours_du_Chaos

Le ton change une nouvelle fois dans le quatrième tome, La Main d'Obéron, qui place Corwin dans des situations qu'il n'avait pas forcément connue jusque là. Il va evidemment se retrouver au coeur des nouvelles préoccupations des ambriens et les mystères ne cessent de s'épaissir. Le cycle de Corwin est bouclé avec le cinquième tome, Les Cours du Chaos, l'épopée finale de Corwin qui changera à jamais l'équilibre des forces et les règles régissant Ambre.

Les_atouts_de_la_vengeance Le_sang_d_AmbreLe_signe_du_Chaos

Chevalier_des_ombresPrince_du_Chaos

Ainsi se conlut la grande aventure de Corwin et laisse place à un second cycle, qui se situe quelques années plus tard. Je vais peu parler de cette seconde partie car je l'apprécie nettement moins, elle est bien plus dispensable que le premier cycle. Merlin est sympathique à sa manière, il a hérité du caractère cynique de son père, mais la manière dont s’articule ses aventures est nettement plus chaotique, un peu moins bien menée et surtout tellement les forces en jeu sont tellement démesurées qu’on se demande parfois jusqu'où tout cela va mener.

Merlin est un magicien, il est particulièrement puissant et ses adversaires le sont encore plus, si bien que l'histoire s'enroule dans une spirale infernal de montée en puissance, avec des forces quasiment divines qui entrent en jeu. Le récit perd de la subtilité pour gagner de la complexité et même si l’on apprécie de découvrir les événements qui se produisent après la grande aventure de Corwin, que l’on apprécie de revoir des personnages et d’en découvrir de nouveau, à aucun moment ce second cycle ne parvient au brio du premier. Je suis même arrivé à la fin sans ressortir d’émotions particulières, malgré quelques bons passages et des relations intéressantes.

Tyr

En résumé, le monde d’Ambre est absolument fascinant, aux frontières entre la Fantasy et la SF et fortement teintés de toutes sortes de récits historiques et mythologiques. L’histoire est passionnante et ce sont surtout les différents concepts et personnages qui font la force de ce cycle, ainsi que le charisme et la richesse des membres de la famille d'Ambre. On découvre toujours de nouvelles possibilités, de nouveaux talents aux Princes d’Ambre, décidemment pleins de ressources et pourtant, on sent la difficulté de Corwin dans toutes ses épreuves. Il s’en sort souvent par la ruse, au mépris de tout code d’honneur. Corwin est roublard, débrouillard et surtout cynique, trait de personnalité qui le rend vraiment attachant. J'ai particulièrement apprécie les nombreux aspects mythologiques, étant grand fan de mythologie nordique. Je regrette simplement que le second cycle ne soit pas à la hauteur du premier. Une lecture particulièrement recommandé, que l’on soit amateur de Fantasy ou pas d’ailleurs.

A noter que les déclinaisons de l'univers des princes d'Ambre ont été nombreuses, dont un jeu de rôle, auquel l'auteur lui-même a participé et dont l'une des particularités était de se jouer sans dès, ainsi que de nombreux romans annexes publiés après la mort de Zelazny par John Gregory Betancourt, inspiré par les notes laissées par Zelazny. Forcément, dans ce genre de situation, il n'y a pas de miracles, comme pour Dune, les oeuvres annexes sont loin d'être à la hauteur des oeuvres originales.

Malheureusement, aucune adaptation en jeu vidéo n'a vue le jour, ce qui est franchement dommage étant donné la richesse de cet univers et la possibilités des règles le régissant. Un peu comme la saga d'Elric, dont un épisode était prévu il fut un temps, chez Psygnosis pour la PSone, avant d'être annulé et de sombrer dans les oubliettes.

Posté par Yan Fanel à 16:53 - Littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 septembre 2007

Ubik de Philip K.Dick (1969)

Ubik


Après la saga des Princes des d’Ambre de Roger Zelazny, qui m’a passionné pendant plusieurs mois (malgré un deuxième cycle pas toujours convaincant et une fin, comment dire... décevante), j’ai décide de prendre un peu de repos sur les grandes séries qui s’étalent sur des centaines de page et de lire plutôt des One Shot. Du coup, sur les conseils d’un ami qui se reconnaîtra, je me suis penché sur le cas de Philip K. Dick, que j’avais commencé à lire avec Blade Runner  pardon "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" lorsque j’avais entrepris mon cycle Blade Runner (film, jeu, livre + clone avec Snatcher de Kojima).

Les premières pages ont été assez laborieuses dans le sens où comme dans de nombreux bouquins de SF, on est abattu d’entrée de jeu par un tir en pleine tête de termes et de concepts plus ou moins cosmiques. En général, ça suffit à me refroidir et à me donner envie de passer à autre chose de plus compréhensible, écrit pour le lecteur. Et puis rapidement, l’histoire se met en marche, les concepts s’expliquent et s’approfondissent et c’est parti pour le grand voyage.

J’ai eu du mal à accrocher mais rapidement, l’envie d’en savoir plus a pris le dessus et je n’ai plus décroché. Pour résumer brièvement, avec Ubik, on brasse tout un tas de thèmes de SF au service d’un scénario accrocheur qui ne cesse de laisser planer de nombreuses interrogations. Ubik est un livre très intelligent, remarquablement mené, qui traite de nombreux concepts philosophiques de manière intelligente, au service du récit. Ca parle d’un état étrange entre la vie et la mort, de pouvoirs psychiques, de contre-pouvoirs, d’évolution avec une rare virtuosité, parce que l’on découvre tout progressivement, aussi bien les concepts que les règles qui les régissent. On se sent parfois perdu, à l’image de Joe Chip, le protagoniste principal de l’histoire, à travers les différentes hypothèses possibles. D’ailleurs, on ne sait réellement ce qu’est Ubik que très tardivement. Voyage dans le temps, gigantesque mise en abîme, les hypothèses les plus farfelues peuvent prendre vie dans le monde si particulier développé par Philip K Dick, sans que cela ne choque, bien au contraire.

Lire Ubik fait le même effet que certains grands bouquins, on est complètement immergé dans un monde particulier, si bien qu’il faut un temps d’adaptation pour revenir dans notre réalité quotidienne. Ubik est intriguant et fascinant, même avec les concepts et règles énoncés vers le début, on ne cesse de se poser des questions. Mais qu’est-ce qui se passe réellement pour ses personnages, suite au fameux accident ? Réponse à la fin du bouquin, où tous les retournements de situations possibles prennent place. Une thèse est favorisée un moment, puis elle devient bancale, on passe à une autre thèse, et puis un nouveau retournement de situation apparaît, il n’y a rien de redire sur la structure parfaitement maîtrisée et la finalité de l’histoire ne se dévoilera que dans ses dernières pages. Ubik est un régal dans le genre.

Il me semble que Cryo avait tenté une adaptation d’Ubik dans le passé et je me demande vraiment à quoi cela pouvait ressembler, parce que je ne vois sincèrement pas comment on peut tirer un jeu efficace à partir de ce bouquin (un ride aventure / action en temps limité rejouable avec le pouvoir de Pat Conley façon Majora’s Mask ?), sachant que principal attrait réside dans son univers, qu’il est complexe et délicat à manipuler, étrange et difficile à expliquer. En tout cas, je salue l’effort et je serais curieux de voir comment l’ambiance peut être restituée visuellement. Si j’en ai l’occasion, j’aimerais tenter de faire un concept de jeu avec Ubik, c’est un défi intéressant. Je me demande si quelqu’un tentera un jour l’adaptation en film.

PS : Ne vous fiez pas à la couverture du bouquin (l'une des pires qu'il m'ait été donné de voir).

Posté par Yan Fanel à 14:15 - Littérature - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1