10 septembre 2007
The Bourne Trilogy
Samedi soir, j’ai eu l’occasion d’aller à la soirée spéciale Jason Bourne au Grand Rex, qui présentait la fameuse trilogie Jason Bourne, avec The Bourne Identity (La mémoire dans la peau), The Bourne Supremacy (La mort dans la peau) et en exclusivité, le tout dernier volet, The Bourne Ultimatum (la vengeance dans la peau). Le cadre et l’ambiance étaient vachement sympa, dans une grande salle décorée où les fans ont pu découvrir (comme moi) ou redécouvrir les aventures de Jason Bourne en version (très) grand écran.
Cette soirée fut un véritable plaisir et ce pour deux raisons : d’une part, les trois films sont réellement excellents, des références en terme de cinéma d’action d’un rythme effréné, avec une scénario bien ficelée et des scènes d’anthologie. D’autre part, le public était forcément déjà acquis à la cause de Jason Bourne et cela se sentait, avec des applaudissements suite aux exploits de Matt Damon, notamment après les scènes les plus spectaculaires. Le fait de voir les trois films à la suite permettait de bien remettre tous les éléments dans le contexte au niveau scénaristique et de bien mesurer l’évolution de la série en terme cinématographique.
THE BOURNE IDENTITY
Le film commence par la récupération du corps d’un homme que l’on croit mort et qui se révèle être totalement amnésique, sauf qu’il possède des réflexes et des façons de fonctionnement bien loin du commun des mortels. Cet homme, lui-même stupéfait parfois par ses capacités (qu’il découvre en même temps que les spectateurs, chose que l’on comprend grâce à la mise en scène unique), va donc partir en quête de son identité et de ses souvenirs. Tissant très progressivement la trame à travers les alternances de scènes d’action survoltées et de moments plus calmes de repos, The Bourne Identity séduit par sa maîtrise du rythme, des personnages, par son ambiance et son contexte particulièrement intelligent. La cerise sur le gâteau étant la petite visite guidée touristique de Paris. The Bourne Identity est pour moi l’un des tout meilleurs film d’action, qui parvient à ne pas se résumer qu’à une suite de scènes d’action prétexte, grâce à un scénario intelligent et brillamment mené. Les indices sont distillés avec intelligence et les coupes dans les scènes donnent un rythme et une puissance absolument uniques aux actions de Jason Bourne. The Bourne Identity se suffit à lui-même, il peut être vu seul, même s’il ne répond pas à toutes les questions soulevés par le scénario.
THE BOURNE SUPREMACY
Changement de réalisateur pour le second épisode, The Bourne Supremacy, qui marque tournant important dans le scénario. Alors qu’il vivait des jours plus ou moins heureux loin de la civilisation, un événement va le remettre sur les rails, à la recherche de son passé et des personnes qui le traquent. Toujours plus haut, toujours plus fort, ce second volet est moins structuré que le premier, principalement basé sur les complots et la traque de Jason Bourne. On peut même le résumer en une grande chasse à l’homme d’une tension hors du commun. L’action est à son comble pendant quasiment toute la durée du film, avec une mise en scène encore plus audacieuse, plus impressionnante, et un rythme d’une rare cadence. On en découvre davantage sur le personnage de Jason Bourne, avec des éléments scénaristiques glissés en filigranes, qui font avancer l’intrigue sans jamais ralentir le rythme effréné du film. Jason Bourne est traqué pendant l’intégralité du film, et ce sentiment de danger permanent est parfaitement ressenti par le spectateur, grâce à l’intelligence de la mise en scène. Le jeu avec le spectateur, déjà présent dans le premier, est encore plus développé. La caméra suit le regard de Jason Bourne et il suffit qu’elle se pose plus d’une seconde à un endroit pour que l’on soit en face d’un élément important, sauf qu’on ne le devine qu’après coup. On ne comprend pas toujours ce que fait Jason Bourne, tout s’enchaîne très vite, et ce n’est qu’une fois au repos que l’on se dit qu’il a pensé à tout ça en l’espace d’une seconde. Le personnage n’en devient que plus fascinant, d’autant que Matt Damon est excellent. Jason Bourne est définitivement son personnage. Globalement, j’apprécie un peu moins The Bourne Supremacy que le premier épisode car il est un peu moins complet en terme d’émotion mais il reste un film très impressionnant, qui ne laisse aucun répit au spectateur.
THE BOURNE ULTIMATUM
Enfin, après la mise en bouche des deux premiers volets, voilà le tant attendu troisième épisode des aventures de Jason Bourne. Celui-ci prend directement la suite du second volet et recrée un nouveau contexte autour de la scène finale du second volet. Ce nouvel éclairage de cette scène constitue l’essentiel du film. On découvre donc ce qu’a fait Jason Bourne immédiatement après la fantastique (bien qu’aux limites de l’illisible parfois) course-poursuite du second, jusqu’à ce fameux coup de téléphone. The Bourne Ultimatum en révèle encore plus sur les personnages, qui sont ici plus développés, sans que l’action ne soit ralentie. Après un début un peu chaotique qui m’a fait peur, à cause de flashback un peu excessifs (et moyennement amenés) et d’un manque de compréhension de la trame, le reste du film séduit complètement. Le rythme est dans la veine du second épisode, à savoir complètement fou. Jason Bourne est toujours traqué sans relâche, effectuent des exploits aux limites du vraisemblables et la balade touristique se poursuit inlassablement, entraînant les personnages dans tourbillon mortel d’événements et de retournements de situations. L’action est reine, une fois de plus, avec toujours ces figures de style de mise en scène qui donnent une pêche unique à l’ensemble. C’est d’ailleurs incroyable de constater que la moindre situation génère une intensité dramatique extraordinaire, le tout avec le minimum vital en terme d’informations. Il y a peu d’informations et d’éléments scénaristiques, mais ils sont tous donnés avec un rare sens du rythme. Et c’est largement suffisant de tout manière pour le propos du film. La maîtrise de la mise en scène est juste impressionnante : tout est dynamique, sans aucun temps inutile, on va de suite à l’essentiel, en deux plans on comprend ce qui se passe. A ce niveau là, c’est presque de la bande dessinée. Et pourtant, c’est fait avec une telle maîtrise que cela ne fait qu’amplifier les scènes fortes et leur donner une force unique, là où de nombreux réalisateurs du genre auraient cédés à la facilité de l’illisible.
Voilà une trilogie qui n’est rien d’autre que du film d’action, mais du film d’action de très haut niveau, avec un rythme exemplaire. Le jeu de la mise en scène entre le spectateur et le héros mérité également le détour : tout est fait pour que l’on se sente à sa place quand il voit un élément, que l’on se sente traqué comme lui, alors que parfois, on voit que Jason Bourne prend largement le pas sur le spectateur en échafaudant des plans tordus en un clin d’œil, avec une mise en scène saccadée qui a la pêche. C’est ce sentiment qui ressort dans les trois films et caractérise le mieux la trilogie.
25 mai 2007
Ghost in the Shell Innocence de Mamoru Oshii (2004)
Il est difficile de résumer ou simplement de parler de Ghost in the Shell Innocence. Forcément, c’est un film de Mamoru Oshii, ce qui à la fois un gage de qualité, d’une certaine profondeur philosophique et d’un divertissement que l’on peut aisément qualifier d’adulte. C’est aussi un gage d’incompréhension car bien des aspects de ses films restent flous, même après plusieurs visionnages. Moins éparses que les films de David Lynch, qui a atteint son apogée en matière de fragmentation du récit et de concepts abstraits avec Inland Empire, mais la comparaison est facile, Oshii étant d’une certaine manière, une sorte de David Lynch japonais (bien que mon film préféré d’Oshii, Tenshi no Tamago, avec le design de Yoshitaka Amano, n’ait fondamentalement rien à voir avec un film de Lynch).
Ghost in the Shell premier du nom, adaptation libre du manga du professeur de philosophie répondant au pseudonyme de Masamune Shirow, eu un écho retentissant auprès du public, y compris chez certains réalisateurs américains. Les thèmes abordés, le ton adulte teinté de philosophie, le lyrisme et la puissance des plans contemplatifs, sans oublier l’esthétique visuelle et sonore ont contribué à cette large reconnaissance, qui pouvait pourtant en gonfler pas mal avec son impression un peu trop marquée de court de philosophie intégré dans un film d’anticipation. L’inverse d’un Blade Runner en gros.
Pour Innocence, c’est quasiment un retour à zéro. La trame n’a rien à voir avec le premier film mais s’inscrit dans le même univers et en prend la suite chronologiquement. Batou est désormais le personnage principal du film, même si sa relation avec Makoto Kusanagi reste le fil du récit.
Mes impressions personnelles. D’abord, j’ai réfléchit plusieurs minutes suite au visionnage. Longtemps. Innocence est d’une telle richesse esthétique et d’une telle densité qu’il est nécessaire de passer un moment à visualiser à nouveau mentalement les différentes scènes du film. Il y a des scènes qui sont des coups de génies. Et puis la structure du scénario fait que l’on revoit différemment les scènes après avoir certaines informations. A la limite, que l’histoire soit bien ficelée, ça semble la moindre des choses pour un tel film.
Au fil de cette première analyse, je me suis dit que j’avais en face de moi un grand film. Peut-être le plus abouti de la filmographie de Mamoru Oshii. Ses thèmes de prédilections y sont présents, et de manière plus détaillée, plus franche que dans ses autres films, en évitant les lourdeurs habituelles. Il y a beaucoup de phrases qui peuvent sembler sorties de nulle part mais qui ont une importance dramatique dans le ressentiment des personnages. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de la compréhension de plusieurs personnages fascinants, dans un univers qui ne l’est pas moins.
Cette fois, les diverses réflexions philosophiques n’entachent pas le solide récit, ce dernier ne passe pas au second plan d’un film qui se voudrait simplement une réflexion. La balance entre le récit et la réflexion est bien mieux élaborée que dans le premier film et la réflexion est plus limpide et plus claire, mieux amené et quasiment logique. Le rapport entre le thème, la réflexion sur ce thème et le récit d’une histoire sur ce thème est en parfaite symbiose, ce qui est finalement assez rare, surtout quand tous les éléments de cette chaîne sont de cette qualité.
Bien qu’il ne soit plus à la pointe de la technologie en 2007, Innocence reste également un outrageant pari visuel et esthétique. L’utilisation de la 3D permet des plans fascinants, comme cette incroyable déambulation de Batou dans un magasin d’alimentation, se terminant par une accélération époustouflante. Le nombre de détail présent dans cette scène est juste hallucinant. Et ce n’est pas le seul passage qui souffle le spectateur, des plans de ce calibre, il y en a durant tout le film. Il y a une véritable couleur esthétique dans ce film, unique et personnelle, qui colle parfaitement au thème des robots et des poupées. Certains plans sont impressionnants, d’autres carrément épatants visuellement, sans oublier l’excellente bande sonore de Kenji Kawai qui donne toute sa puissance au film. Je ne l’ai regardé que sur un écran de TV et j’ai bien du mal à imaginer le choc visuel qu’il a pu constituer en son temps dans une salle de cinéma. Au pire, si l’on n’apprécie guère les histoires de ce type, on peut savourer le visuel du film, qui est au-delà de toute critique.
Le film est assez pessimiste dans son ensemble, décadent, à l’image qu’Oshii a de l’humanité certainement. Pour sa beauté, sa poésie, sa qualité intellectuelle en font l’une des œuvres majeures du cinéma d’animation. Bref, en ce qui me concerne, j’ai pris une sacrée baffe. Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, il fait parti des films qui font réfléchir et laissent sans voix après visionnage.
21 mai 2007
Amer Béton (Tekkon kinkreet) de Michael Arias (2007)
Ce film passe dans une seule salle à Paris, l'UGC de
Châtelet. Autant dire qu'il faut être sacrément motivé pour tomber dessus. Même
en étant un minimum dans le monde des animes, il faut dire qu'il a peu fait
parler de lui.
Pourtant, il y a pas mal de choses à dire sur ce film. Outre qu'il est
profondément dépaysant (je ne connaissais pas le manga d'origine), il est
visuellement très impressionnant avec une animation éblouissante et de
l'intégration 3D absolument superbe. Sur ces deux points, Amer Béton fait sans
doute parti du nec le plus ultra du genre.
A part ça, c'est assez étrange comme film, parfois touchant, parfois sidérant,
parfois complètement fou. Les thèmes abordés sont assez profonds mais ce n'est
pas fait de manière aussi démonstratives qu'ailleurs. En fait, je me rends
compte que j'ai bien du mal à décrire ce film avec des mots. C'est un film
dense, techniquement éblouissant mais qui ne plaira pas forcément à monsieur
tout le monde. Une sorte de conte urbain complètement barré qui brasse
beaucoup de thèmes de société avec un scénario rocambolesque. En bref,
c'est tellement spécial et particulier qu'on ne risque pas de se dire que c'est
du déjà vu au cours de film.
Amer Béton est une expérience unique, ça, rien ne pourra le lui enlever. On aime
ou on déteste, mais au moins, on a vu quelque chose d'unique. Et ça c'est déjà
un mérite en soit.
Spider-Man 3 de Sam Raimi (2007)
Je n'aime pas les super héros. Les seuls comics que je tolère sont
essentiellement des histoires où le principal du scénario ne résume pas
à un mec (ou un groupe) aux super pouvoirs fondamentalement gentil(s) qui
affronte un autre mec (ou un autre groupe) avec supers pouvoirs
fondamentalement méchant(s), lui. Par exemple j'adore, Sandman et les
Watchmen, qui eux, ne connaissent pas d'adaptation cinématographique
(au passage, l'excellent roman Neverwhere de Neil Gaiman était prévu
pendant un moment et puis finalement n'a jamais vu le jour).
Quand
des films adaptant des comics sortent au cinéma, je suis généralement
méfiant. J'ai eu de très bonnes surprises avec Sin City puis V pour
Vendetta, comme par hasard des films où le principal attrait de réside
pas dans la confrontation évoquée plus haut.
Quand le premier
Spiderman est sorti, il a eu un certain succès. C'était l'une des
adaptations les plus réussies comparativement aux autres catastrophes
cinématographiques que sont les Spawn ou les derniers Batman. Bon,
c'est sûr, ça ne valait pas le Batman de Tim Burton. Je l'ai trouvé
vraiment pas terrible mais tout de même regardable, sans être trop
exigeant. A l'inverse, j'ai vu récemment Spiderman 2 et je l'ai trouvé
complètement naze, sans aucun rythme, sans répliques, sans saveur,
prévisible au possible et finalement complètement inintéressant, à part
quelques scènes d'actions, qui ne suffisent pas, de toute manière, pour
faire un film décent.
Aller voir Spiderman 3 au cinéma, c'est
accepter que de toute façon, on ne va pas voir un film. On va voir un
divertissement. Et puis la qualité des adaptations reste assez
aléatoire pour avoir quelques surprises : Batman Begins n'était pas
trop mauvais, les 4 Fantastiques étaient ridicules et le dernier
Superman est l'un des pires films que j'ai vu de ma vie. On ne sait
jamais...
Mon verdict : moins pourri que le second épisode.
Outre une histoire à dormir debout, avec un scénariste à flinguer
tellement les ficelles sont grosses comme des maisons, prévisibles et sans intérêts, il y
a quand même plus de rythme que dans le second. Les scènes d'action sont
forts réussis (il n'y a que ça qui tienne la route de toute façon) et
on se paye quelques scènes amusantes qui tiennent de l'autodérision.
Bref, il n'y a pas grand-chose à en tirer mais c'est déjà ça. Il y a
quand même de gros abus au niveau des méchants où l'on essaye de
caser tout et n'importe quoi pour finir avec un deux contre deux assez
navrant.
L'affaire dure quand même 2h19, donc plutôt à réserver
aux gens peu pressés qui n'ont pas peur de perdre ces quelques minutes
de leur vie et qui ont déjà vu des films plus intéressants actuellement
à l'affiche.
Shinobi de Ten Shimoyama (2007)
Adapté du roman Koga Ninpo-cho (littéralement Les Parchemins ninja du clan Koga) écrit par Futaro Yamada, qui a également servi de base au manga Basilisk, Shinobi est un film japonais à gros budget comme il y en a assez peu. J'avais remarqué ce film tout simplement par la présence dans le casting de Yukie Nakama, une actrice japonaise que j'adore, que l'on a pu admirer notamment dans Ring Zero où elle incarnait Sadako. Plus obscurs, elle a également joué dans une quantité de drama japonais comme Trick, en compagnie d'Abe Hiroshi où elle incarnait une magicienne ratée menant des enquêtes paranormales en compagnie d'un scientifique froussard, ou plus récemment dans Gokusen où elle incarnait une professeur chargée de la pire e du lycée, véritable ramassis de gangsters qui se révèlent au grand cœur. Evidemment, dans les deux cas, il s'agit de comédies plus ou moins burlesques.
En tout cas, la voir sur grand écran ne se refuse jamais. J'avais quand même
vachement peur du navet, vu que le film est vendu par une bande annonce à grand
renfort d'effets spéciaux. Au finalement, j'ai passé un agréable moment. Pas
forcément un grand film mais suffisamment divertissant pour faire oublier les
deux heures de Spiderman 3.
D'un rythme assez lent, Shinobi réserve quand même quelques passages très
esthétiques (les décors sont, en général, sublimes) et quelques
rebondissements. Shinobi a tout de même plusieurs problèmes : d'une part, le
thème des ninjas se prêtent difficilement à plus qu'une simple série de
combats à grands renforts d'égorgements. Ensuite, le film est un peu le cul
entre deux chaises entre le film historique et le film de baston. Les aspects
historiques du récit sont bien présents, retranscrits le plus fidèlement
possible, alors qu'à côté, des ninjas se foutent sur la tronche à grand renfort
de supers pouvoirs de malade et autres arts obscurs, le tout emmené par un
Destin qui absout totalement la volonté et le libre arbitre des personnages,
qui du coup, ne sont pas assez développés pour être réellement intéressants.
Pourtant, au final, il ne s'agit pas d'un mauvais film. Il est parfois lent,
parfois entraînant mais assez lyrique et parfois touchant. Ca ne vole pas
forcément très haut mais ça a le mérite de divertir un peu plus que les
cabrioles interminables d'un homme araignée qui n'a rien trouvé d'autres à
faire que de se parodier. Au pire, les décors et les musiques valent quand même
le coup d'œil (et d'oreille).
Dommage que le scénario ne soit pas à la hauteur de l'esthétique visuelle et que
le film se cherche un peu. Ca aurait facilement pu être moins bon, mais ça
aurait pu également être bien meilleur.
06 décembre 2006
Casino Royale de Martin Campbell (2006)
Je ne suis pas un grand fan de James Bond. J’ai bien quelques souvenirs de jeunesse des prouesses extravagantes de l’agent le plus célèbre du monde, mais hormis les gadgets, une chanson de Duran-Duran et un excellent jeu sur Nintendo 64 par Rare, James Bond ne m’a jamais rien évoqué.
Je suis allé voir Casino Royale avec appréhension, sachant que les derniers épisodes de James Bond ne m’avaient pas spécialement attiré. Deux heures après, il faut bien avouer que ce Casino Royale est une très bonne surprise. Nouvelle adaptation du tout premier roman de Ian Flemming, Casino Royale pousse la série dans une nouvelle direction avec une richesse et une réussite que je n’ai pas retrouvé dans les autres épisodes. Le personnage de Bond, incarné désormais par Daniel Craig qui remplace définitivement Pierce Brosnan, y est remarquablement développé. Si Brosnan incarnait parfaitement le côté flégmatique et séducteur de Bond, il manquait son côté brutal, qui est ici présent.
Loin d’être le séducteur parfait des autres
films, il apparaît comme un être froid, perturbé et assez sauvage. Le côté
séducteur est bien entendu de la partie mais ce n’est désormais plus ce que l’on
retient davantage du personnage. Après un générique entraînant et visuellement très bien fait, on commence avec une course poursuite époustoufflante qui s'achève en apothéose. Une première scène qui montre déjà le caratères de James Bond : tête brûlé, imprudent, et un peu fou. La rupture est bien là, dès le début du film et elle se confirme par la suite avec un personnage déjà expérimenté, qui a laissé beaucoup de plumes dans sa carrière.
Les gadgets sont logés à la même ancienne. Très (trop) présent dans le passé, ils laissent la place à un film d’action avec un bon sens du rythme et quelques répliques bien placés. Si l’histoire n’a rien de bien extraordinaire, les scènes se suivent agréablement, les personnages sont bien ficelés et les touches d’érotisme sont bien placées.
Le personnage de Bond est l’élément clef de ce film :
un James Bond qui n’est pas encore invincible, qui commet de nombreuses
erreurs, avec un égo surdimensionné qui amène à des touches d’humours par des
répliques cinglantes. Parfois sauvage, parfois impressionnant, l’expressivité
de l’acteur traduit bien les dilemmes du personnage. Il suffit parfois de lire
simplement dans les yeux pour comprendre l’état d’esprit du personnage. James
Bond n’en est que plus attachant et il n’est pas le seul à bénéficier d’une
bonne mise en relief : Vesper Lynd, jouée par la somptueuse Eva Green est
un personnage redoutable, capable de tenir tête à l’agent 00, autorisé à tuer
en service et qui l’a déjà fait.
Le reste oscille entre scènes d’action franchement impressionnantes,
amenés par des personnages et des dialogues rythmés. Finalement, la recette
action + filles sexy + Bond fonctionne à merveille, grâce à une mise en scène
efficace, qui ne se presse pas trop, qui laisse le temps au spectateur d’apprécier
un personnage qui peinait à séduire.
Sombre et dense, Casino Royale n’en oublie pas sa part de rêve :
les paysages exotiques sont magnifiques, les sommes misées et les mains lors de
la partie de Poker centrale du film sont tout simplement délirantes, et même si
de nombreux passages ne sont pas forcément crédibles, on est rapidement emmené
par le rythme du film, qui se permet même quelques belles et émouvantes scènes. Du grand luxe dans un film d'action.
Je ne m’avancerais pas à dire qu’il s’agit du meilleur James Bond, je ne me souviens que trop peu des anciens films pour cela, mais Casino Royale m’a bien emballé alors que je n’en attendais absolument rien. Il ne faut pas en attendre trop de réflexion ou de profondeurs, mais pour un simple divertissement, il est plutôt de bonne facture et rafraîchit une série qui commençait un peu à s’essoufler.
14 août 2006
La Jetée de Chris Marker (1962)
J'ai eu l'occasion de regarder aujourd'hui le film La Jetée, un film de science-fiction expérimentale de Chris Marker sorti en 1962. C'est au cours d'une interview du réalisateur japonais Mamoru Oshii que j'ai entendu parler de ce film, qui l'avait particulièrement influencé. Curiosité exacerbée par le fait que j'ai appris également que L'armée des douze singes de Terry Gilliam en était un remake.
La Jetée est en fait un roman-photo, un montage d’une succession d’images où le fil conducteur est la voix du narrateur. D’une durée de 26 minutes, il s’agit d’un film d’une rare profondeur qui traite de l’humanité, des voyages dans le temps, de l’importance de la mémoire et des souvenirs.
L’histoire est simple mais subtile et touchante, l’esthétique est unique, à la fois troublante et envoûtante. Avec le minimum, La Jetée fait le maximum. La Jetée est une demi-heure d’une richesse unique, une vision de l’humanité où le moindre élément, la moindre image peut être sujette à interprétation. Le principal est expliqué mais chaque détail laisse libre recours à l’imaginaire du spectateur. La Jetée n’est pas un simple travail de narration, c’est une vision esthétique et philosophique de son auteur, une authentique pièce artistique qui supporte plusieurs visions. Il faut un talent exceptionnel pour donner autant de sens à quelques images fixes avec un seul narrateur.
Si l’Armée des douze singes est inspiré de La Jetée, ce dernier est lui-même inspiré de Sueurs Froides d’Alfred Hitchcock, lui-même l’adaptation du roman D’entre les morts des écrivains français Boileau-Narcejac de 1954.






















