Illumina

Analyses de jeux vidéo, avis, commentaires et plus si affinité.

19 septembre 2007

Ubik de Philip K.Dick (1969)

Ubik


Après la saga des Princes des d’Ambre de Roger Zelazny, qui m’a passionné pendant plusieurs mois (malgré un deuxième cycle pas toujours convaincant et une fin, comment dire... décevante), j’ai décide de prendre un peu de repos sur les grandes séries qui s’étalent sur des centaines de page et de lire plutôt des One Shot. Du coup, sur les conseils d’un ami qui se reconnaîtra, je me suis penché sur le cas de Philip K. Dick, que j’avais commencé à lire avec Blade Runner  pardon "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?" lorsque j’avais entrepris mon cycle Blade Runner (film, jeu, livre + clone avec Snatcher de Kojima).

Les premières pages ont été assez laborieuses dans le sens où comme dans de nombreux bouquins de SF, on est abattu d’entrée de jeu par un tir en pleine tête de termes et de concepts plus ou moins cosmiques. En général, ça suffit à me refroidir et à me donner envie de passer à autre chose de plus compréhensible, écrit pour le lecteur. Et puis rapidement, l’histoire se met en marche, les concepts s’expliquent et s’approfondissent et c’est parti pour le grand voyage.

J’ai eu du mal à accrocher mais rapidement, l’envie d’en savoir plus a pris le dessus et je n’ai plus décroché. Pour résumer brièvement, avec Ubik, on brasse tout un tas de thèmes de SF au service d’un scénario accrocheur qui ne cesse de laisser planer de nombreuses interrogations. Ubik est un livre très intelligent, remarquablement mené, qui traite de nombreux concepts philosophiques de manière intelligente, au service du récit. Ca parle d’un état étrange entre la vie et la mort, de pouvoirs psychiques, de contre-pouvoirs, d’évolution avec une rare virtuosité, parce que l’on découvre tout progressivement, aussi bien les concepts que les règles qui les régissent. On se sent parfois perdu, à l’image de Joe Chip, le protagoniste principal de l’histoire, à travers les différentes hypothèses possibles. D’ailleurs, on ne sait réellement ce qu’est Ubik que très tardivement. Voyage dans le temps, gigantesque mise en abîme, les hypothèses les plus farfelues peuvent prendre vie dans le monde si particulier développé par Philip K Dick, sans que cela ne choque, bien au contraire.

Lire Ubik fait le même effet que certains grands bouquins, on est complètement immergé dans un monde particulier, si bien qu’il faut un temps d’adaptation pour revenir dans notre réalité quotidienne. Ubik est intriguant et fascinant, même avec les concepts et règles énoncés vers le début, on ne cesse de se poser des questions. Mais qu’est-ce qui se passe réellement pour ses personnages, suite au fameux accident ? Réponse à la fin du bouquin, où tous les retournements de situations possibles prennent place. Une thèse est favorisée un moment, puis elle devient bancale, on passe à une autre thèse, et puis un nouveau retournement de situation apparaît, il n’y a rien de redire sur la structure parfaitement maîtrisée et la finalité de l’histoire ne se dévoilera que dans ses dernières pages. Ubik est un régal dans le genre.

Il me semble que Cryo avait tenté une adaptation d’Ubik dans le passé et je me demande vraiment à quoi cela pouvait ressembler, parce que je ne vois sincèrement pas comment on peut tirer un jeu efficace à partir de ce bouquin (un ride aventure / action en temps limité rejouable avec le pouvoir de Pat Conley façon Majora’s Mask ?), sachant que principal attrait réside dans son univers, qu’il est complexe et délicat à manipuler, étrange et difficile à expliquer. En tout cas, je salue l’effort et je serais curieux de voir comment l’ambiance peut être restituée visuellement. Si j’en ai l’occasion, j’aimerais tenter de faire un concept de jeu avec Ubik, c’est un défi intéressant. Je me demande si quelqu’un tentera un jour l’adaptation en film.

PS : Ne vous fiez pas à la couverture du bouquin (l'une des pires qu'il m'ait été donné de voir).

Posté par Yan Fanel à 14:15 - Littérature - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 septembre 2007

The Bourne Trilogy

Grand_Rex

Samedi soir, j’ai eu l’occasion d’aller à la soirée spéciale Jason Bourne au Grand Rex, qui présentait la fameuse trilogie Jason Bourne, avec The Bourne Identity (La mémoire dans la peau), The Bourne Supremacy (La mort dans la peau) et en exclusivité, le tout dernier volet, The Bourne Ultimatum (la vengeance dans la peau). Le cadre et l’ambiance étaient vachement sympa, dans une grande salle décorée où les fans ont pu découvrir (comme moi) ou redécouvrir les aventures de Jason Bourne en version (très) grand écran.

Cette soirée fut un véritable plaisir et ce pour deux raisons : d’une part, les trois films sont réellement excellents, des références en terme de cinéma d’action d’un rythme effréné, avec une scénario bien ficelée et des scènes d’anthologie. D’autre part, le public était forcément déjà acquis à la cause de Jason Bourne et cela  se sentait, avec des applaudissements suite aux exploits de Matt Damon, notamment après les scènes les plus spectaculaires. Le fait de voir les trois films à la suite permettait de bien remettre tous les éléments dans le contexte au niveau scénaristique et de bien mesurer l’évolution de la série en terme cinématographique.


The_Bourne_Identity

THE BOURNE IDENTITY

Le film commence par la récupération du corps d’un homme que l’on croit mort et qui se révèle être totalement amnésique, sauf qu’il possède des réflexes et des façons de fonctionnement bien loin du commun des mortels. Cet homme, lui-même stupéfait parfois par ses capacités (qu’il découvre en même temps que les spectateurs, chose que l’on comprend grâce à la mise en scène unique), va donc partir en quête de son identité et de ses souvenirs. Tissant très progressivement la trame à travers les alternances de scènes d’action survoltées et de moments plus calmes de repos, The Bourne Identity séduit par sa maîtrise du rythme, des personnages, par son ambiance et son contexte particulièrement intelligent. La cerise sur le gâteau étant la petite visite guidée touristique de Paris. The Bourne Identity est pour moi l’un des tout meilleurs film d’action, qui parvient à ne pas se résumer qu’à une suite de scènes d’action prétexte, grâce à un scénario intelligent et brillamment mené. Les indices sont distillés avec intelligence et les coupes dans les scènes donnent un rythme et une puissance absolument uniques aux actions de Jason Bourne. The Bourne Identity se suffit à lui-même, il peut être vu seul, même s’il ne répond pas à toutes les questions soulevés par le scénario.


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THE BOURNE SUPREMACY

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Changement de réalisateur pour le second épisode, The Bourne Supremacy, qui marque tournant important dans le scénario. Alors qu’il vivait des jours plus ou moins heureux loin de la civilisation, un événement va le remettre sur les rails, à la recherche de son passé et des personnes qui le traquent. Toujours plus haut, toujours plus fort, ce second volet est moins structuré que le premier, principalement basé sur les complots et la traque de Jason Bourne. On peut même le résumer en une grande chasse à l’homme d’une tension hors du commun. L’action est à son comble pendant quasiment toute la durée du film, avec une mise en scène encore plus audacieuse, plus impressionnante, et un rythme d’une rare cadence. On en découvre davantage sur le personnage de Jason Bourne, avec des éléments scénaristiques glissés en filigranes, qui font avancer l’intrigue sans jamais ralentir le rythme effréné du film. Jason Bourne est traqué pendant l’intégralité du film, et ce sentiment de danger permanent est parfaitement ressenti par le spectateur, grâce à l’intelligence de la mise en scène. Le jeu avec le spectateur, déjà présent dans le premier, est encore plus développé. La caméra suit le regard de Jason Bourne et il suffit qu’elle se pose plus d’une seconde à un endroit pour que l’on soit en face d’un élément important, sauf qu’on ne le devine qu’après coup. On ne comprend pas toujours ce que fait Jason Bourne, tout s’enchaîne très vite, et ce n’est qu’une fois au repos que l’on se dit qu’il a pensé à tout ça en l’espace d’une seconde. Le personnage n’en devient que plus fascinant, d’autant que Matt Damon est excellent. Jason Bourne est définitivement son personnage. Globalement, j’apprécie un peu moins The Bourne Supremacy que le premier épisode car il est un peu moins complet en terme d’émotion mais il reste un film très impressionnant, qui ne laisse aucun répit au spectateur.


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THE BOURNE ULTIMATUM

The_Bourne_Ultimatum_Cover


Enfin, après la mise en bouche des deux premiers volets, voilà le tant attendu troisième épisode des aventures de Jason Bourne. Celui-ci prend directement la suite du second volet et recrée un nouveau contexte autour de la scène finale du second volet. Ce nouvel éclairage de cette scène constitue l’essentiel du film. On découvre donc ce qu’a fait Jason Bourne immédiatement après la fantastique (bien qu’aux limites de l’illisible parfois) course-poursuite du second, jusqu’à ce fameux coup de téléphone. The Bourne Ultimatum en révèle encore plus sur les personnages, qui sont ici plus développés, sans que l’action ne soit ralentie. Après un début un peu chaotique qui m’a fait peur, à cause de flashback un peu excessifs (et moyennement amenés) et d’un manque de compréhension de la trame, le reste du film séduit complètement. Le rythme est dans la veine du second épisode, à savoir complètement fou. Jason Bourne est toujours traqué sans relâche, effectuent des exploits aux limites du vraisemblables et la balade touristique se poursuit inlassablement, entraînant les personnages dans tourbillon mortel d’événements et de retournements de situations. L’action est reine, une fois de plus, avec toujours ces figures de style de mise en scène qui donnent une pêche unique à l’ensemble. C’est d’ailleurs incroyable de constater que la moindre situation génère une intensité dramatique extraordinaire, le tout avec le minimum vital en terme d’informations. Il y a peu d’informations et d’éléments scénaristiques, mais ils sont tous donnés avec un rare sens du rythme. Et c’est largement suffisant de tout manière pour le propos du film. La maîtrise de la mise en scène est juste impressionnante : tout est dynamique, sans aucun temps inutile, on va de suite à l’essentiel, en deux plans on comprend ce qui se passe. A ce niveau là, c’est presque de la bande dessinée. Et pourtant, c’est fait avec une telle maîtrise que cela ne fait qu’amplifier les scènes fortes et leur donner une force unique, là où de nombreux réalisateurs du genre auraient cédés à la facilité de l’illisible. 

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Voilà une trilogie qui n’est rien d’autre que du film d’action, mais du film d’action de très haut niveau, avec un rythme exemplaire. Le jeu de la mise en scène entre le spectateur et le héros mérité également le détour : tout est fait pour que l’on se sente à sa place quand il voit un élément, que l’on se sente traqué comme lui, alors que parfois, on voit que Jason Bourne prend largement le pas sur le spectateur en échafaudant des plans tordus en un clin d’œil, avec une mise en scène saccadée qui a la pêche. C’est ce sentiment qui ressort dans les trois films et caractérise le mieux la trilogie. 

Posté par Yan Fanel à 17:55 - Cinéma - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 septembre 2007

Phoenix Wright 3 Trials & Tribulations / Gyakuten Saiban 3 de Capcom (2007)

Gyakuten_Saiban_3_Cover

Voilà, j’ai terminé Gyakuten Saiban 3 en l’espace de quelques jours, effet Fanboy oblige. Il faut dire que depuis la traduction du premier volet sur DS, j’avoue être littéralement fan de la série. J’adore les personnages, les situations tordues, l’écriture dynamique, et surtout le fait qu’il soit nécessaire de se creuser la tête pour avancer et découvrir des retournements de situations étonnants. C’est une série qui jouit d’une rare constance dans la qualité, même si le premier a ma préférence sur le second. Pour moi, c’est clairement une série qui a redynamisé le jeu d’aventure, grâce à un concept novateur exploité avec brio, malgré des choix assez drastiques (linéarité, très structuré et obligation d’avoir un fil de pensée logique).

Ce troisième épisode, toujours une réédition directe de la GBA, conserve exactement les mêmes qualités que ses prédécesseurs. Aucun changement au système de jeu n’est venu enrichir le concept, contrairement à l’intégration des Psyche-Lock du second volet qui redonnait un peu de piment aux phases d’enquêtes ou aux interactivités nouvelles du dernier cas du premier volet DS. C’est bien dommage mais cela  n'entrave en rien l'essence  du jeu, à savoir les enquêtes.

Au menu, pas moins de 5 nouveaux cas qui intègrent un lot de nouveaux personnages délirants à souhaits, avec une mise en scène toujours aussi théâtrale et humoristique. Et surtout, des enquêtes bien corsées. Inutile de dévoiler les situations, ça ne risquerait que de gâcher le plaisir de la découverte. Ce que je peux dire en rester vague, c’est que les enquêtes sont toujours aussi variées, qu’une enquête se permet de changer la structure habituelle et qu’elles sont franchement complexes. La toute dernière partie du jeu est un duel d’une rare intensité où il faut avoir une logique implacable pour triompher.

Au terme du jeu, je dois avouer que c’est pour moi un véritable bonheur, hormis les quelques crises de nerf lorsque après une longue réflexion, j’estimais pouvoir présenter une preuve contradictoire dans un témoignage, mais qu’elle ne fonctionnait pas. C’était déjà le défaut majeur de la série et ça l’est encore plus dans ce volet. Au chapitre des regrets, les phases d’enquête sont parfois un peu lourdingues, on ne sait jamais quand une discussion est terminée, aussi il n’est pas rare d’être bloqué parce que l’on n’a pas utilisé un objet ou un profil sur un personnage. Les défauts inhérents à la série sont donc toujours présents.

En y réfléchissant, je ne me souviens pas m'être autant tiré les cheveux. Parfois je fais preuve de mauvaise foi ("mais ça devrait marcher bordel") mais finalement, je me suis rendu compte de mes erreurs, réfléchis une nouvelle fois et corrigé le tir. Il y a toujours une solution et elle est toujours logique, sauf qu'il y a parfois un ordre narratif à respecter. Le problème est qu'en se tirant les cheveux, on voit des contradictions un peu partout... En fait, les solutions sont parfois plus simples que toutes les conjectures machiavéliques qu'on peut se faire.

Par rapport aux autres volets, il y a une dimension dramatique énorme, surtout dans les deux derniers cas. En tout cas j'ai passé d'excellents moments avec les trois épisodes mais ma préférence va désormais au 3. Ce qui est franchement fort, c'est que TOUTES les informations ont un rôle à jouer, à un moment ou un autre. Parfois, on sent bien le retournement de situation juste pour faire du retournement de situation, mais tant que ça reste logique/cohérent, le contrat passé avec le joueur est intact. Dans cet épisode, la satisfaction est énorme quand on parvient à trouver la solution.

En ce qui me concerne, Phoenix Wright est clairement une série majeur du genre et plus encore. Si les autres jeux d'aventure pouvait avoir ne serait-ce qu'un dixième de son inspiration, ce serait la fête au village. Cette série fait parti, avec Hotel Dusk Room, des jeux les mieux écrits que j'ai pu voir ces derniers temps. Rien que pour le personnage de Godot, Gyakuten Saiban 3 mérite le détour et le dernier cas, bien qu'assez improbable, conclut avec brio cette trilogie.

Gyakuten_Saiban_3__01_ Gyakuten_Saiban_3__02_ Gyakuten_Saiban_3__03_ Gyakuten_Saiban_3__04_

Posté par Yan Fanel à 17:08 - Jeux Vidéo : Actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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